Presque 60 ans qu’ils ne s’étaient pas revus, appelés ou même écrits.
Presque 60 ans que leur pays est coupé en deux sans aucune communication possible entre les populations du Nord et celles du Sud.
Presque 60 ans qu’une frontière infranchissable sépare, vous l’aurez compris, la Corée du Nord de la Corée du Sud.
Ces faits et dates en tête, vous pouvez alors facilement imaginer l’émotion qu’ont ressenti 97 sud-coréens fin septembre lorsqu’ils ont été autorisés à retrouver leurs proches pendant 3 jours et 2 nuits !!!
Ces retrouvailles familiales ne sont cependant pas les 1ères en date puisqu’elles ont commencé à être organisées en 2000 après un sommet inter-coréen historique, avant d’être gelées par le Nord après l’arrivée aux commandes à Séoul du président Lee Myung-bak, plus dur avec le gouvernement nord-coréen, notamment sur le nucléaire.
Les dernières réunions entre familles dataient d’octobre 2007 et si la Corée du Nord a accepté de les reprendre, c’est que la pression internationale s’accroît sur Pyongyang pour qu’elle revienne à la table des discussions sur son désarmement.

Vous vous en doutez, les histoires de ces 97 retrouvailles sont toutes dures et touchantes mais c’est celle de Lee Seung-doo qui m’a le plus marquée. Jeune militaire engagé dans l’armée nord-coréenne, il pense retrouver les siens à la fin de la guerre de Corée, en 1953.
C’est sans compter sur son arrestation par l’armée américaine (soutien des voisins du Sud) et ses 2 années d’incarcération dans un camp. A sa sortie, il est déjà devenu impossible de traverser la « frontière », cette zone militarisée qui coupe en deux la péninsule coréenne depuis 1945.
Jusqu’ici, l’histoire de Lee Seung-doo ressemble malheureusement à celle de bien d’autres de ses compatriotes. Il essaye tant bien que mal de se reconstruire une vie en Corée du Sud, sans jamais oublier sa famille du Nord.
Simplement voilà, la déception est grande quand, après ces 3 jours et 2 nuits passés avec sa fille, il décrit aux journalistes la violence de ces retrouvailles. Et de conclure : « peut-être aurait-il mieux valu que je ne la revoie pas ».
Lee a en effet été extrêmement choqué par le « lavage de cerveau » infligé par le gouvernement de Kim Jong-il à sa fille.
« Elle était habillée avec des vêtements traditionnels fournis par le gouvernement nord-coréen », ajoute-t-il. « J’espérais comprendre comment ils vivent au Nord. Mais elle n’a fait que parler de Kim Jong-il, de sa grandeur, de tout ce qu’il fait pour son peuple […]. Elle m’a même fait part de son inquiétude, pour nous qui vivons au Sud, dans une prétendue pauvreté. Pour elle, s’il existe un paradis, il est en Corée du Nord ».
Et malgré les efforts de Lee pour faire comprendre à sa fille que le gouvernement de Pyongyang est une dictature, qu’elle est l’objet d’un endoctrinement implacable et méthodique, rien à faire, elle ne changera pas d’avis …
Les retrouvailles vont continuer. La prochaine fois, ce sera au tour de 99 Nord-Coréens de rencontrer leurs familles du Sud. Mon cœur aurait tendance à suivre l’avis de Lee Seung-doo et à penser que ces réunions éphémères ne sont peut-être pas une bonne idée … Qu’elles sont surtout cause de douleurs, voire même de déceptions.
Mais cela reviendrait à dire qu’après l’endoctrinement réussi de son peuple, Pyongyang gagnerait également cette bataille sur le peuple Sud-Coréen et sur la liberté et ça, ce n’est pas envisageable …
Caro.

